Réflexion sur l’IA, la vitesse, la créativité et le sens
L’IA est devenue notre solution miracle !
Une réflexion plus profonde et personnelle aujourd’hui, face à ce monde qui tend à s’emballer…
À l’origine, il y a cette phrase qu’on entend partout : « Je n’ai pas le temps. »
Pas le temps de chercher la bonne formulation, pas le temps de rédiger ni de trouver des idées. Et puis l’IA est arrivée. Elle a le temps, elle. Elle n’a pas besoin de café, ni de congés. Et surtout, elle coûte bien moins cher qu’un stagiaire ! Alors on délègue.
L’IA « pense » pour nous. Elle crée pour nous. Et c’est si pratique qu’on finit par se demander pourquoi revenir en arrière ? (Bon sang, mais comment faisait-on avant ?!)
Mais (laissons de côté l’impact environnemental), n’y a-t-il pas d’autres coûts cachés derrière l’utilisation intensive, ou passive, de ChatGPT ?
Quand tout doit aller plus vite…
Nous sommes pris dans la course. Mais pas une belle course en montagne qui nous emplirait de belles images et d’énergie positive. Non ! Une course contre la montre qui n’a même plus de ligne d’arrivée.
Au travail, il faut faire plus, plus vite et avec moins de ressources. Dans la création, on nous enjoint de publier sans cesse pour alimenter l’algorithme et rester visible. Dans la communication, on attend des réponses quasi-instantanées.
Réfléchir ? Perte de temps. Hésiter ? Retard. Se tromper ? Gaspillage de ressources. Créer ? Bah, trop long. Pourquoi s’embêter à concevoir quand on peut choisir un modèle tout prêt ? Il n’y a plus qu’à cliquer sur « Publier » !
Des livraisons express aux formations éclair, tout, absolument tout, est calibré pour la vitesse. Même la méditation s’adapte ! (Méditer en 5 minutes chrono entre deux réunions, histoire de cocher la case bien-être sans ralentir le rythme). Dans le monde professionnel, la lenteur est devenue une forme d’auto-sabotage.
Heureusement, l’IA est arrivée !
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Comment l’IA transforme insidieusement notre réflexion
Au début, on lui demande un petit coup de main pour la reformulation d’un paragraphe qui ne sonne pas tout à fait juste. C’est pratique et utile. C’est juste un outil, après tout !
Puis, insidieusement, le curseur se déplace. On met le doigt dans l’engrenage. Petit à petit, on en vient à déléguer la réflexion de fond et l’analyse stratégique. Et la création visuelle s’y ajoute à son tour. On vérifie à peine ce qu’elle nous génère, parce que, reconnaissons-le, ça a l’air suffisamment bien pour passer. Réflexion, analyse, création… vous voyez où je veux en venir ?
Nous finissons par découvrir qu’on ne sait plus écrire un mail ou une introduction sans demander à une machine de nous souffler la première phrase !
Le problème, c’est que notre cerveau, il s’entretient. Ou sinon, il s’atrophie. Comme n’importe quel muscle, d’ailleurs. Moins on sollicite certaines fonctions (cognitives ou motrices), plus elles s’affaiblissent. C’est le principe de la plasticité cérébrale. Notre cerveau se réorganise et renforce les connexions neuronales utilisées fréquemment, tandis que celles qui ne sont pas stimulées s’atténuent avec le temps.
Use it or lose it !
Utilise-le ou tu le perdras.
Une formule souvent utilisée en rééducation neurologique. Cérébrolésée, j’en ai fait l’expérience. La stimulation répétée a grandement contribué à la récupération de mes fonctions altérées. Elle m’aide encore aujourd’hui, et je ne la sacrifierais pour rien au monde. Tant pis pour la productivité à tout prix !
Le prix caché de la vitesse et de la facilité
Au-delà de cette dépendance technique, c’est toute notre relation à l’effort qui pose question. « Flemme ! », comme le disent si bien nos ados.
Passer du temps sur une phrase pour trouver les bons mots, c’est aussi affiner sa pensée. Si je délègue l’écriture à ChatGPT, quelque part je délègue ma pensée elle-même. S’il en vient à tout décider à ma place, cela peut devenir risqué.
Et puis il y a les erreurs. Se tromper, tâtonner, recommencer, recommencer encore. C’est souvent dans cet inconfort qu’on arrive à faire naître quelque chose d’original, et que l’on apprend.
Dans la création de contenu, l’IA a tendance à produire du générique, du « lisse », uniformisé comme il faut. Du contenu « tout à fait convenable », sans être trop qualitatif pour autant. Et de toute façon, même médiocre, cela ferait bien l’affaire, n’est-ce pas ?
Dans l’écriture, elle emprunte les mêmes schémas, les mêmes tournures répétitives que l’on retrouve sur tous les canaux. Elle a tendance à gommer les maladresses et les particularités. Tout ce qui fait qu’une personne, ou qu’une entreprise, n’est pas une autre. Utilisée par tout un chacun, on la reconnaît assez facilement là où elle s’invite, et parfois, c’est vraiment dissonant. Et lassant aussi de retrouver les mêmes phrases déjà vues ailleurs !
L’IA nous prive aussi de la satisfaction que l’on ressent quand, après avoir cherché, on trouve enfin. Elle nous répond en trois secondes, et nous habitue encore plus à l’immédiateté. Elle nous plonge ainsi dans des mécanismes d’addiction semblables au scrolling.
Au final, nous perdons la fierté d’avoir vraiment créé quelque chose. D’avoir eu l’idée, de l’avoir développée, mise en mots ou traduite en image. De pouvoir dire « c’est moi qui ai fait ça ! » Pas une machine.
Gagner du temps… mais pour quoi faire ?
Ce qui prenait une heure prend maintenant dix minutes. Magnifique. Mais voilà une question embarrassante : qu’est-ce qu’on fait avec les cinquante minutes économisées ?
On se met à lire Proust ? (À la recherche du temps gagné, hé hé…) On se lance dans l’apprentissage du violoncelle ? Concrètement, c’est rarement le cas. Voici ce qu’on fait le plus souvent à la place : on scrolle, on répond avec l’IA à de nouveaux posts générés par IA, on optimise notre optimisation…
Cool, nous avons gagné du temps pour courir encore plus vite dans la roue du hamster !
Au fond, si ce temps n’est pas réinvesti dans la lenteur, dans l’attention ou la profondeur, avons-nous gagné quelque chose ?
– Bonjour, dit le marchand.
C’était un marchand de pilules perfectionnées qui apaisent la soif. On en avale une par semaine et l’on n’éprouve plus le besoin de boire.
– Pourquoi vends-tu ça ? dit le petit prince.
– C’est une grosse économie de temps, dit le marchand. Les experts ont fait des calculs. On épargne cinquante-trois minutes par semaine.
– Et que fait-on de ces cinquante-trois minutes ?
– On en fait ce que l’on veut…
Moi, se dit le petit prince, si j’avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine…
Antoine de Saint-Exupéry, dans le plus beau livre du monde…
Mais alors, comment utiliser l’IA ?
Comme un outil qui travaille avec nous, mais pas à notre place ! Et sans se précipiter dessus de façon systématique.
Bien sûr, on ne va pas jeter notre ordinateur par la fenêtre et revenir à la plume. L’IA est un outil très puissant, qui peut réellement nous aider sur des tâches complexes. Mais un outil, justement, et pas un substitut. Pas une prothèse que l’on se branche pour éviter d’avoir à réfléchir.
Dans la communication, on ne peut plus vraiment y couper, au risque de rester au bord du chemin. Mais on peut choisir quand et comment s’en servir, et l’utiliser avec discernement, selon nos besoins réels. Confrontons-la à nos objections et nos nuances, bref, à notre regard humain.
Continuons à écrire nous-mêmes, à lire, à créer, à pratiquer d’autres formes d’arts pour nous « nourrir » intérieurement. Continuons aussi à nous former pour développer davantage notre esprit critique.
Accordons-nous le droit d’être lents ou maladroits, parce que c’est dans ces moments-là, justement, qu’on apprend. Et que l’on crée quelque chose qui nous ressemble.
C’est ce qui nous distingue encore des machines… et c’est peut-être ce qu’il faut préserver ?
N.B. : avec l’IA, ce texte aurait pu me prendre 10 minutes, mais j’ai choisi d’y passer plusieurs heures. Et c’est précisément pour ça que je l’ai écrit !
Hello ! Si on ne se connaît pas encore, moi c’est Suzon, partenaire communication humaine, qui aime prendre le temps de comprendre votre projet ! 😉
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